Ça y est! C’est fait. Le gouvernement a décidé que c’en était fini du port du voile pour les enseignant.e.s et les fonctionnaires de l’État. On parle de signes religieux, mais les musulman.e.s sont visé.es en priorité, il va sans dire.
Même si je suis lasse de ce débat et de tous les déchirements qu’il entraîne, je m’y intéresse, parce que je prends mon devoir de citoyenne au sérieux. Bien qu’autiste, je suis capable de réfléchir, de sentir, de raisonner. Si certain.e.s reprocheront à mon point de vue d’être autiste, eh bien!, iels auront raison. J’ai des droits, malgré que je sois une minorité, non visible, et en ce mois d’avril, nous en profitons pour rappeler que notre voix est importante, surtout lorsqu’on parle de nous.
J’imagine qu’il en est ainsi pour n’importe laquelle minorité, personne racisée, handicapée ou LGBTQ. Je crois donc, par conséquent, qu’il est déplorable que des gens de race blanche, des Québécois « de souche », décident que TOUTES les musulmanes qui portent le voile, sans exception, le font toutes pour les mêmes raisons et cela, sans même les écouter. Il est déplorable aussi que tout en affirmant qu’elles ne sont que des femmes soumises et stupides, on leur refuse un emploi, l’occasion pour elles de sortir de la maison et de s’émanciper, l’occasion de prendre leur vie en main.
On doit le dire comme cela est: on bafoue leurs droits. La Charte des Droits et Libertés est claire là-dessus:
3. Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association.
Selon moi, on peut trouver tous les prétextes, celle d’une supposée laïcité, dévoyée: commencer à nier certains droits peut nous entraîner vers une pente glissante. On accuse une personne voilée de faire ainsi du prosélytisme, de chercher à convertir les autres, mais l’accusation me semble absurde et basée sur des préjugés. D’aucuns font preuve de paranoïa et soutiennent qu’un simple voile peut conduire à l’institution de la charia, par exemple. Soulignons aussi que l’interdiction du voile ne touche que les femmes, insinuant que les hommes musulmans ne sauraient faire de prosélytisme. Il s’agit de perceptions, et bien que les perceptions comptent, elles ne sauraient justifier le racisme (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit) ni quelque autre préjugé.
Je me désole de tout ce cirque, parce que j’ai vu, ces dernières années, le peuple québécois, incluant ma famille proche ou éloignée, exprimer de plus en plus de préjugés et de méfiance envers les immigrant.e.s. Cela m’a amenée aussi à me questionner sur mes propres idées préconçues pour mieux comprendre à quel point le discours médiatique encourage les préjugés et la haine.
| « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. », a dit Albert Camus. |
Il importe de protéger les droits des minorités, même si on ne se sent pas directement touché.e. Nous ne devons pas être berné.e.s: le présent projet de loi sur la laïcité sert à discriminer contre un groupe d’individus, en l’occurrence les musulman.e.s, plutôt qu’à instaurer une véritable laïcité. On devrait plutôt protéger le droit de participer à la vie active de toutes les minorités, incluant celles qui ne se fondent pas dans le continuum « québécois de souche » et qui appartiennent à une autre culture. Ces différentes cultures ne représentent pas une menace pour notre si fragile identité québécoise: l’identité n’est pas un ciment immuable et opaque, mais elle progresse et se transforme au contact des autres.