L’inquiétante différence

Comme beaucoup d’entre vous, sans doute, je lis les nouvelles, ou les regarde parfois à la télé, et bien des choses me font tiquer. Le sensationnalisme, parfois, les raccourcis, les préjugés véhiculés. Par exemple, quand on rapporte des meurtres, des crimes sordides, il y a une tendance à tenter de mieux connaître l’assassin, à se questionner sur ses motifs, sur son passé, sur sa santé mentale. Surtout s’il est blanc. Prenait-il des médicaments? A-t-il vécu de l’intimidation? Qu’est-ce qui a pu le motiver à commettre un tel geste? L’étranger, l’autre, nous n’avons généralement pas de mal à l’imaginer comme un monstre. Pour celui ou celle qui vit parmi nous, nous le décrirons plus souvent comme un.e malade mental.e.

Avouons qu’il s’agit très majoritairement d’un homme et cela, sans nier qu’il existe des femmes méchantes et des meurtrières. Les crimes les plus récents dont je puisse me rappeler, que ce soit la tuerie de Christchurch ou de la mosquée de Québec, sont le fait d’hommes. Cependant, si le racisme et le masculinisme peuvent évidemment expliquer plusieurs de ces crimes et qu’il faut sans aucun doute dénoncer la haine, il y a autre chose qui me fait tiquer: la facilité avec laquelle tout un chacun recourt à la maladie mentale pour expliquer ces gestes. La stigmatisation de la maladie mentale. Les insultes racistes et sexistes sont, à juste titre, dénoncées, mais rarement soulève-t-on les insultes capacitistes ou relatives à la santé mentale.

Vous ne vous souvenez peut-être pas de Paul Arcand qui sous-entendait que le tueur au camion-bélier de Toronto serait asperger (fait non prouvé). Son émission avait fait un tollé parmi les autistes, habitué.es qu’on utilise le mot « autiste » comme injure. Voir à ce propos l’article d’Irma Zoulane, Toronto et les médias:
https://wordpress.com/read/blogs/69968692/posts/93003

En parcourant les commentaires sous les articles sur Facebook, et sûrement aussi sur les autres réseaux sociaux, les allusions à la santé mentale des tueurs, ou encore des racistes en général, laissent entendre que seuls des malades mentaux pourraient commettre ce genre de crimes, banalisant en quelque sorte ces actes. En plus, cela contribue à la stigmatisation des malades mentaux, qui ne sont pas tous, loin s’en faut, des êtres vils, méchants et dangereux. La plupart d’entre eux ne sont même pas violents, et quand ils le sont, c’est le plus souvent envers eux-mêmes.

Ajoutant à cela qu’on souligne souvent, chez ces criminels, le caractère peu social de l’individu, renfermé. En tant que grande introvertie, je me demande si cela n’encourage pas à montrer tous les solitaires comme des gens potentiellement dangereux, alors que beaucoup d’entre eux éprouvent simplement des difficultés à socialiser, que ce soit parce qu’ils sont autistes, ou qu’ils ont vécu des traumatismes, vivent avec une maladie mentale. Il est répandu de voir des blagues sur ces incels enfermés dans leur sous-sol qui n’ont pas d’amis et n’arrivent pas à trouver de copine, mais s’il convient de dénoncer la culture internet malsaine qui perpétue un message de haine toxique envers les femmes et les étrangers, il ne faudrait pas pour autant en conclure que tous les nerds mal-adaptés et sans emploi représentent un danger pour la société. Il vaudrait mieux se demander qu’est-ce qui ne va pas dans cette société pour que tant de personnes en soient exclues simplement parce qu’elles ne fonctionnent pas suffisamment bien dans ce système conçu pour le monde dit « normal ».

Enfin, je m’aventure peut-être en terrain glissant et j’espère me bien faire comprendre. Ce qu’il faut dénoncer, c’est une tendance narcissiste et malsaine à blâmer l’autre pour tous ces problèmes, que ce soit les femmes ou les étrangers, mais sans rabaisser les humains rejetés à cause de leur différence neurologique ou de problèmes de santé mentale. L’acceptation des différences devrait aussi inclure les neurodivergents et les malades mentaux, qui peinent souvent à trouver leur place en société et font face à différentes formes de discrimination.

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